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de ksar en
ksour...
Vendredi 26.
De ksar en ksour…
Pars quand tu veux mais pars tôt ! On est rodé depuis des lustres, l'air du
matin, la lumière
du matin, la sérénité du matin…moments incomparables.
D'ailleurs on ne devrait voyager
que le matin et le soir, beaucoup l'ont
compris, entre les deux…on fait la sieste !
Les palmiers on les compte maintenant , ils nous servent de premier plan,
premier plan d'un panoramique de pyramides à en faire frémir Guizeh, on a
beau savoir la " lente érosion "
qui érode les montagnes protégées en leur
sommet par des pierres dures ;
ça nous donne
des cheminées de fées chez nous,
ça nous construit la Cappadoce en Turquie.
C'est toujours miraculeux. Miracle
de la nature !
Dans le petit matin Ksar Ouled Debbab, le Ksar abandonné nous prend à la
gorge.
Les ghorfas alignées en face à face au sommet de la colline en une
longue file qui épouse
le relief raconte leur histoire dans un surprenant
dialogue.
La désolation ici est une définition. Le silence est angoissant, on entend
le murmure des générations qui pierre par pierre ont construit ce temple. On
sent même dans les restes ridicules d'un " grand hôtel restaurant " une
inimaginable folie coloniale ! Les gamins montés en courant
du village en
nous voyant tentent de nous montrer les fausses-vraies peintures rupestres..
Où est le faux ? où est le rustique, le vrai ?
Douiret ou Douira ou Eldouiret…le nom a suivi les évolutions les
invasions…le bourg est avachi au coin d'un carrefour, le vrai Douiret c'est
l'ancien, collé à la falaise, peu de choses mais de ces choses qui font
bouillir l'imagination. Un ksar en ruine, une mosquée remise en état à la
va-vite pour attirer les vagues touristiques, mais un air d'authenticité et
un panorama époustouflant qui fait comprendre le pays. Les 4x4 de Nouvelles
Frontières ont déjà commencé leur course au " maxi de ksours " dans la
journée. Les moteurs tournent déjà pour la prochaine halte " aventure "…
en
bas vers le village une file de motards passe dédaignant le ksour.
" Rallye
" nous précise un guide !
La route oblique maintenant vers Chenini, haut lieu du tourisme de masse on
le sait on fera avec. Montagnes russes entre les creux de vallons qui
dégringolent des montagnes rudes.
En hiver chaque creux doit être un gué
redoutable.
Dans le creux d'un de ces vallons, à portée de vue de Chenini qui se profile
au-dessus des palmiers, une image biblique, plaque de vert collée dans la
terre battue, palmiers penchés
en prière sur des touffes d'avoine.. " Oui
c'est de l'avoine ! " C'est Mohamed, on ne l'avait pas
  
vu tout de suite, il
était caché par une grosse touffe … " Vous êtes d'où ?...moi j'ai travaillé
à Lyon chez Berliet ! " Et que fais-tu ici Mohamed ? " J'arrose les figuiers
! " En fait trois plants
de figuiers qui donneront dans 5 ans si tout va
bien. L'eau il l'amène de Chenini dans des bidons. Elle est dure la terre
ici. Dure et belle , le cheval arabe de Mohamed s'offre
à quelques pas un
bol d'avoine !
Chenini c'est un choc, un peu comme l'arrivée à Gorem en Cappadoce,
l'arrivée hier pas aujourd'hui… on ne peut s'empêcher ici de faire cette
comparaison, avec ses côtés pile et face . Pile le paysage, le site, la
force de la nature, le labeur des habitants qui ont peuplé ces lieux depuis
des millénaires, ceux qui ont construit ces habitations ouvertes maintenant
aux humeurs du ciel, ces maisons taraudées dans la roche du cirque de
montagne…Face notre médiocrité d'envahisseurs, notre bonne conscience de "
touristes " , notre encouragement aux rares habitants de tendre la main
plutôt que de prendre la truelle. Oui je sais c'est facile.. je sais.
L'état
cherche à ancrer ici les derniers mohicans, mais il parviendra t-il ?
  
En
philosophant on grimpe vers la mosquée-signal qui marque le creux de la
montagne…
Des groupes de 4x4 djerbiens ont déjà lâché leurs groupes de
vacances à la semaine…
Un bus lâche ses proies venues de Gabès, le guide les
met au pas de course sur le sentier
qui monte vers la mosquée, pas d'arrêt,
pas de détour vers le point panoramique,
on redescend… vite vite…on a encore
4 ksour et le restaurant !
Ali a obtenu la " concession " de buvette là-haut, il a 18 ans Ali…la
dernière fois où nous sommes venus à Chenini il n'était pas né.. " Monsieur,
c'était comment avant ici ? "
A vrai dire on a bien du mal à lui donner une
image, pas plus propre c'est sûr, plus tranquille c'est sûr, moins de
touristes c'est archi-sûr…Est-ce un progrès ?
" Non, no ! " les femmes à la
fontaine n'aiment pas les photos, tant pis c'est déjà fait…
les poules elles,
elles s'affairent dans les détritus !
Pour arriver à la Mosquée des 7 dormants il faut le mériter ! La piste
s'accroche aux rochers, désarticule le Fleurette, mais ça passe et le décor
récompense des quelques kilomètres.
Le site est sublime, le minaret tordu,
comme désarticulé, penche sur le vieux cimetière
et les tombes des 7 dormants,
ça c'est la légende, et on veut bien le croire !
Derrière le rocher le gardien égorge un chevreau, il faut vivre ! Un groupe
de jeunes monte
du village à pied avec les provisions d'un pique-nique, il
faut vivre !
Pour atteindre Guermessa on peut choisir la piste 12km ou un détour asphalté
26km…on prend la piste, on en a vu d'autres ! Tu parles.. le premier
kilomètre donne l'ambiance, ça craque de partout…tôle ondulée, ça aussi on
connaît, et ça dit bien ce que ça veut dire, je sais qu'il faut atteindre
une certaine vitesse, entre 60 et 90, pour passer sur le haut des
ondulations…ou y laisser ses amortisseurs. Ici c'est impossible, trop
sinueux…Allez on se casse avant de casser . Le détour en fin de compte est
un bon choix. Et puis surtout en arrivant face à la chaîne de montagne " El Dahar " qui casse l'horizon on comprend l'histoire qui a généré ces
hauts-lieux perchés pour surveiller et contrer les envahisseurs. Le nouveau
Guermessa sommeille au pied du vieux piton troué de maisons troglodytes.
Notre arrivée au village est digne d'une arrivée
du rallye de Tunisie,
c'était d'ailleurs la semaine dernière, c'est l'heure de l'école, la foule
des élèves s'agglutine autour du Fleurette, les plus âgés, ou moins jeunes
se proposent, s'imposent pour nous guider au village berbère…On décline
et…ça ne leur plait pas.
Village hospitalier écrit le Routard…comme quoi !
La piste qui monte au vieux village berbère est un enfer , 5 kms au départ..
et ça continue,
ça continue…le Fleurette se tord s'accroche, se désarticule,
deuxième, première…rocher
à droite caillou à gauche…dur,dur sous le soleil
de midi. Et ça c'était pas prévu ! Là-haut le ksar est somme toute banal.
On se pose, toutes vitres ouvertes l'air remet le moral. On est seul,
longtemps…on domine la vallée, là-bas au départ de la piste les brillances
de deux 4x4, on va bientôt les voir arriver…un bientôt d'un quart d'heure
pour quelques kilomètres. Cargaison débarquée, des français, un typé " vieux
colon ", saharienne repassée de frais, prend le commandement de la petite
troupe, on n'est pas loin du rang par 2…Les chauffeurs tunisiens restent aux
voitures près de nous sur la plateforme. On en apprend un peu plus sur
l'équipée
" c'est un groupe privé, des anciens de Tunisie, avec leur chef,il fait des
voyages comme ça. " Ah nostalgie quand tu nous tiens !
Le vieux village est à cheval sur une crête, la petite mosquée battue par
les vents s'accroche
sur la brèche. Panorama exceptionnel teinté
d'admiration pour tous ceux qui ont vécu ici.
L 'abandon du village est
assez récent, quelques trente ans après les pluies et les inondations qui
ont raviné la montagne. Le groupe d'anciens d'ici, se joue des frayeurs en
escaladant
les rochers sous les regards ricaneurs des adolescents qui en
voient tous les jours de bien ridicules scènes !
La piste retour est à la mesure de l'aller, même si elle est plus courte,
quoi…
vous n'avez jamais remarqué que le retour du bout du monde est toujours
plus court que l'aller !
Ca doit être ça que l'on appelle l'inconscient !
Aucune de nos cartes ne le mentionne, le routard en parle du bout des
lèvres, le Ksar El Ferch nous apparaît comme un flash sur la route de
Ghomrassem. Pas de site montagnard imposant mais une envergure de
caravansérail immense. Ahmed en est le pivot d'accueil , " Je suis un vieux
! " Ah bon Ahmed et tu as quel âge ? " Moi j'ai 46 ans, quand j'étais jeune
j'ai travaillé
à Lyon chez Berliet… " C'est pas grave Ahmed, t'es jeune, j'ai
vingt ans de plus que toi !. Passionné Ahmed pour le ksar. " On va tout
remettre en état, on a beaucoup d'idées.. " ben oui mais les idées ça suffit
pas, il y a tellement à faire ici. Comment nos parents, les tiens Ahmed, les
miens chez nous, ont-ils pu laisser se décomposer de telles merveilles
d'architecture ?
Au pied des ghorfas désolées quelques chameaux ruminent
inlassablement leurs petites histoires de touristes transportés. 2 dinars la
promenade, ½ dinar la photo.. " C'est vous qui avez le camping-car ? " La
question vient d'un couple de français, nous ne sommes que 4 touristes dans
le ksar… " nous avons un fourgon aménagé en France, mais nous sommes venus
ici pour une semaine en avion à Djerba, nous avons loué une voiture… " " Cet
été on ferait bien le Maroc avec le C25, qu'est-ce que vous en pensez ? "
Que voulez vous que l'on en pense !
Nos Maroc en Estafette, en C35, sont
imprimés quelque part de façon indélébile !
Ahmed nous propose de venir
dormir ce soir dans le ksar, il nous ouvrira la porte.
On verra Ahmed , tu
sais on ne sait pas trop où l'on sera tout à l'heure !
Ghourmassem nous apparaît comme un grande ville, il y a même une , que
dis-je deux stations services. Mais de BTS point, encore que le grand
terrain de foot en plein centre ce doit être une belle expérience. On
visitera demain, on va encore aller voir du coté de Ksar Hadada, un ksar
célèbre doit bien avoir un parking acceptable. Bon, c'est que le village est
compressé autour
du ksar, de parking nenni ! On repère le terre-plein de la
poste, mais au pied de la mosquée pour le réveil-muezzin n'est pas notre
attraction. " Allez je vais demander avis à l'épicerie ".. charmante
l'épicière, elle comprend très vite… " Oui, je vois, venez chez moi, à 1km
sur la route d'en bas, c'est plat ! " Merci M'Dame…à tout à l'heure. Un
kilomètre c'est variable en fonction de… on se retrouve sur une superbe
petite plateforme le salon sur le panorama du ksar de la guerre des
étoiles…mais ce n'est pas chez l'épicière. " Ici c'est chez moi… " nous
précise une vieille femme… " Mais ti peux rester ici pour… " et elle nous
fait le geste dormir !
Les enfants du quartier sont à la fête, et Daky fait son numéro de charme.
"
Bonjour Monsieur, bonjour Madame,mon père travaille à Narbonne plage, moi
j'y vais en été.. " ça y est le dialogue est engagé ! Un moment plus tard
une gamine nous amène un morceau
de pain tunisien, vous savez ce pain plat
au vrai bon goût !
Le soleil se cache dans une atmosphère violette derrière le contour dur des
montagnes.
La mosquée s'ourle d'un liseré de néon, l'éclairage public est le seul
pointillé de lumière
dans la nuit noire, toutes les maisons sont éteintes,
ça coûte cher l'électricité !
la suite c'est par ici
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